Dons au MNHA Luxembourg

Fondation La Marck

Acquisitions pour le Musée national d'histoire et d'art Luxembourg (MNHA).

 

Dons 2016, la belle Hélène au MNHA

 

La scène se passe dans un port du sud du Péloponnèse, peut-être Néapoli. Le roi de Sparte, Ménélas, en mal de prédictions, attend le grand augure de Vénus qui arrive de Cythère. Voici sa galère justement. A sa proue, Paris, grimé en grand augure. Il chante :

 

   Et tsing, tsing, balaboum, balaboum,
   Balaboum, poum, poum !
   La la itou, poum, poum !

 

Pour prix de ses prophéties, il demande le sacrifice de cent génisses blanches et que la reine de Sparte, Hélène, l'accompagne à Cythère. Ménélas accepte sans discuter. Le devin Calchas dénonce la manœuvre. Trop tard ! La galère a déjà quitté le port avec à son bord les deux amants réunis, Paris et Hélène, qui voguent non pas vers Cythère mais vers Troie... Ainsi se termine La Belle Hélène, de Jacques Offenbach, sur un livret de ses vieux complices, Meilhac et Halévy.

 

                            

 

La vision d'Antonio Molinari est très différente et, pourrait-on dire, beaucoup plus classique. Il s'agit d'un enlèvement, et les hommes de Paris luttent pour maîtriser la belle. Néanmoins, un petit détail frappe : le collier de perles brisé. Déjà, le collier de perles est pour certains à l'époque l'attribut des femmes de petite vertu ; mais alors, brisé ! Il est de fait qu'Hélène n'en est pas à son premier rapt puisque, toute jeune, elle a été enlevée par Thésée. On sait aussi qu'elle ne compte plus ses soupirants, enflammés par sa beauté, et qu'elle a déjà cédé aux avances de Paris en l'absence de Ménélas. On dira donc qu'elle se débat pour la forme, pour sauver les apparences.

 

Comme souvent, Molinari a réalisé un deuxième tableau sur ce thème, à la Northampton Art Gallery, en inversant la position des assaillants (Paris, qui porte une armure, est ici à droite), mais il semble moins réussi, tant en ce qui concerne le cadrage que les couleurs et certains détails. Il mesure 131 x 173 et celui du MNHA 139 x 149. Alberto Craievich les date de la fin du XVIIe.

 

Antonio Molinari, né et mort à Venise (1655-1704), a été formé par Antonio Zanchi. Il s'inscrit dans le courant baroque né en Italie un siècle plus tôt, en jouant sur les couleurs, les effets de lumière, le mouvement des personnages. On peut le considérer comme un digne successeur de Rubens.

 

Il nous livre ici une composition forte, qui remplit l'espace, dont le cadrage est particulièrement remarquable. Et de l'affrontement des personnages se dégage une sensation de puissance presque paroxystique. Peu d'œuvres du seicento parviendront à un tel résultat...

 

Quelques semaines plus tard, la fondation a pu acquérir pour le musée dans d'excellentes conditions une marine de Joseph Vernet. Il s'agit d'une scène de naufrage par temps d'orage. Elle est signée et datée Rome, 1745. Vernet était parti à Rome en 1734 et y exerçait son art au milieu de l'importante colonie française. Le tableau mesure 123,5 x 156. C'est un des plus grands formats de la première période de sa carrière. Il n'est rentré en France qu'en 1753, pour satisfaire la commande royale de la série des ports de France.

 

                            

 

Il a donné le tableau à son confrère Joseph-Marie Vien, qui venait d'arriver dans la Ville éternelle après avoir obtenu le prix de Rome. De deux ans plus jeune que Vernet, Vien était comme lui un homme du Midi. Fait très rare, le pedigree complet du tableau est connu : on sait que de la succession de Vien il est passé en Irlande au XIXe, puis en Angleterre au XXe. Alors que des affaires de faux défraient la chronique, pour les peintures comme pour les meubles, on a pu remarquer qu'elles portaient toutes sur des œuvres sans historique. D'où l'importance du pedigree.

 

 

Dons 2015

 

L'enrichissement des collections nationales fait partie des objectifs statutaires de la fondation La Marck, qui recherche en priorité des objets appartenant à l'histoire du Luxembourg, et à défaut des œuvres d'art susceptibles de compléter les collections publiques.

 

Dans ce cadre, elle vient de financer trois acquisitions du MNHA, une assiette en porcelaine de Meissen du service du grand-duc Adolphe, portant son monogramme, et deux tableaux des écoles espagnole et italienne. Le tableau italien est un Repentir de saint Pierre, déjà connu par plusieurs versions, dont Guido Reni est à l'origine. La difficulté vient de l'existence d'un atelier prolifique, qui dupliquait les œuvres à succès, sans qu'on soit sûr de la participation du maître. La version présentée comme de référence est à l'Ermitage et provient de la fameuse collection Crozat, achetée en bloc par la grande Catherine en 1772 par l'intermédiaire de Diderot, opération qui suscita, à juste titre, un scandale public. Le tableau de l'Ermitage, qui aurait été peint autour de 1635 et mesure 73 x 56, n'est pas en excellent état, sauf à avoir été restauré récemment.

 

La version du MNHA se distingue par sa taille, 91 x 72, et la présence d'un détail qui manque à toutes les autres versions : une table devant le saint sur laquelle repose son emblème, deux clés entrecroisées. Les clients qui venaient passer commande se contentaient souvent de répliques mais ils pouvaient aussi demander des tableaux personnalisés, le fait est attesté. Or Guido Reni a réalisé de nombreux portraits de saints, avec des têtes de vieillard assez proches de son saint Pierre. Seul moyen de le distinguer : faire figurer son emblème. Il s'agit en tout cas d'une œuvre puissante, véritable morceau de bravoure, ce qui explique son succès. Œuvre d'atelier sans doute mais dont l'auteur a pu être identifié avec l'aide du professeur Benati, de l'université de Bologne, grand spécialiste de Guido Reni : il s'agit d'un de ses plus proches collaborateurs, Antonio Giarola (1597-1674), né à Vérone mais qui a longtemps travaillé à Bologne, et dont on commence à mieux connaître l'œuvre.

 

Le second tableau a été présenté par l'étude chargée de la vente comme de Francisco de Burgos Mantilla (1612-1672). Il représente deux paysans à table. En réalité, les figures des deux paysans ont été reprises d'un tableau célèbre de Velazquez, les Buveurs, ou le Triomphe de Bacchus, qui date de 1628. La joyeuse bande qui les entourait a disparu, dont un Bacchus très caravagesque, et les deux paysans aux trognes pleines de caractère sont figurés en train de boire un bol de soupe devant une table chargée de mets. L'agencement de cette nourriture montre qu'on a affaire à un bon spécialiste des natures mortes. Ici, certains diront qu'un autre tableau de Velazquez a pu servir d'inspiration : le Déjeuner ou Trois hommes à table, antérieur de dix ans et à l'Ermitage, où l'on retrouve le même soin apporté à la table. Le Déjeuner est aussi connu par une autre version, à Budapest, où l'un des hommes a été remplacé par une servante, mais dont l'attribution est discutée.

 

Burgos Mantilla reste à bien des égards un peintre mystérieux. Il n'est en effet connu que par une seule toile signée et datée (1631), une Nature morte aux fruits secs, à la Yale University Gallery. Une autre représentant des cardons lui est attribuée ; elle est au Prado. Et c'est tout ! Il s'agit pourtant d'un homme dont la vie est assez bien documentée : on sait qu'il a déployé une grande activité en tant que copiste, de Velazquez mais aussi des maîtres italiens, on sait aussi qu'il a été expert chargé d'inventorier des collections de peintures, on sait enfin que c'était un ami de toujours du même Velazquez, comme en témoigne l'honneur que ce dernier lui a fait en lui demandant d'être témoin pour son dossier d'anoblissement en 1658. Quant à son activité de créateur, ses contemporains le disent habile à réaliser des portraits et des natures mortes, comme par hasard les deux thèmes réunis dans notre tableau.

 

Un travail reste à faire autour de cette peinture, mais on mesure l'intérêt d'une étude qui pourrait faire progresser la connaissance des relations du grand Velazquez avec ses amis et disciples, déjà si bien mise en lumière par l'exposition de 2015 au Grand-Palais à Paris.

 

Post-scriptum : le lien avec le Luxembourg (car il y en a un) ? Le grand-duc Henri descend de Velazquez !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Assiette en porcelaine (Meissen) du service du grand-duc Adolphe

 

Repentir de Saint Pierre

 

Deux paysans à table © Photos: M. Polfer

             

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