Dons au Musée du Louvre

Fondation La Marck

En 2017, la fondation a fait preuve d'une activité débordante avec pas moins de six dons, un aux Peintures, un aux Antiquités grecques, étrusques  et romaines, et quatre aux Objets d'art.

 

Le 29 novembre, l'expert en haute époque Laurence Fligny présentait un ensemble d'émaux de Limoges du XVIe siècle. Deux seront préemptés par les Objets d'art, une coupe et un médaillon. La coupe en émail est peinte en grisaille avec des rehauts d'or. Son décor, typiquement renaissance, couvre l'intérieur et l'extérieur de délicats motifs avec au centre Neptune debout sur une conque tirée par quatre chevaux marins. Cette scène est inspirée d'une gravure de Marcantonio Raimondi d'après Raphaël. Sur le rebord intérieur, les douze signes du zodiaque. Le décor extérieur est caractéristique du répertoire bellifontain : quatre termes féminins reliés par des rubans, trophées, lampes de sanctuaire, ou chimères ailées. Le pied est orné de personnages nus. Cette coupe est attribuée à Jean III Pénicaud. Le Louvre possédait déjà deux coupes de même style mais de moindre qualité.

 

                 

 

 

Le médaillon en émail polychrome avec rehauts d'or représente le duc de Naimes sur un cheval blanc caparaçonné aux antérieurs levés. Il est l'œuvre de Colin Nouailher, auteur d'une série célèbre de médaillons, la série des preux, et d'une autre moins connue et beaucoup plus rare, la série des paladins (de l'époque de Charlemagne). On ne connaissait que deux exemplaires de cette série dans des musées, à Angers et au Met de New York. Le duc de Naimes appartient à cette deuxième série. C'est un des personnages de la Chanson de Roland, qui n'a eu sans doute d'existence que littéraire.

 

                        

 

 

Le 30 mars 2017, lors de la vente de la collection de l'antiquaire Jacques Bacri, Cécile Scailliérez, conservateur général du patrimoine, a acheté pour le Louvre deux volets de triptyque représentant saint Jean-Baptiste et sainte Agnès, attribués à un peintre rare et énigmatique, le maître du retable d'Avila, aussi appelé maître Johannes, qui vivait au début du XVIe siècle. Ce peintre, qui s'inscrit dans la lignée de Rogier van der Weyden et est proche de son petit-fils Goossen, a été étudié par Didier Martens, qui lui attribue cinq œuvres, dont une seule en mains privées. Les deux plus importantes sont le retable d'Avila, qui lui a donné son nom, et celui de Maria-ter-Heide près d'Anvers. Son prénom, Johannes, figure sur la facture de ce dernier retable, que lui avait commandé l'abbaye de Tongerlo. Les deux sont monumentaux (autour de 2,5 x 3,5).

 

Une des questions qui agitent les experts est de savoir si ce peintre d'origine flamande a vécu et travaillé en Espagne ou non. Les responsables du musée royal d'Anvers pensent qu'il est resté en Flandres pour exécuter une commande venue d'Espagne, comme beaucoup de ses collègues. D'autres croient qu'il a vécu en Espagne et y a peut-être fini sa vie. La fondation a participé à cette acquisition par le Louvre.

 

                      

 

 

En septembre, avait lieu la vente événement de la collection Jean Lafont. Peut-être le plus célèbre manadier de Camargue, Jean Lafont (1922-2017) résidait au mas des Hourtès, que Marie-Laure de Noailles avait mis à sa disposition. Détail amusant : c'est un parent du descendant des La Marck qui avait présenté Jean Lafont à Marie-Laure... Le mas des Hourtès a été pendant la période Lafont au centre d'une vie brillante : parmi les hôtes de marque, les Kennedy, Alain Delon, Johnny Hallyday, les Pompidou, Jean Cocteau, Romy Schneider, Jean Hugo venu en voisin...

 

De la collection très éclectique réunie par Jean Lafont, le département des Objets d'art a retenu un coffret d'argent de Froment-Meurice. Réalisé vers 1848 pour l'Exposition universelle de l'année suivante par ce célèbre orfèvre, le coffret, qui pèse 5,7 kg, est de style néo-gothique, décoré de rosaces et de motifs en ogives, et appliqué de pinacles. Ses pieds figurent des animaux fantastiques ailés. Il viendra compléter le décor des salles du XIXe siècle ouvertes dans les années 1990 par Daniel Alcouffe.

 

                           

 

 

Début novembre, Jean-Luc Martinez, alors retenu à Abu Dhabi, nous a appelé à la rescousse pour une statue péplophore grecque de la collection Henry de Montherlant, lot 4 de la vente Artcurial du 7. Bonne surprise : elle a fait moins que l'estimation basse, sans doute parce qu'on était au tout début de la vente. Les statues suivantes ont fait trois fois l'estimation ou plus. Peut-être aussi l'effet de la préemption qui a électrisé la salle ?

 

L'agencement de ses vêtements est très savant. Elle est couverte jusqu'aux pieds d'une tunique de laine ou péplos, ici agrémentée d'un rabat ou apoptygma, lequel est serré par une ceinture qui permet en tirant sur son extrémité d'en régler la longueur. Elle a en outre les épaules couvertes par un manteau de laine ou himation. Le sculpteur a multiplié les contrastes : d'abord entre le bouffant du rabat, très plissé et traité avec le plus grand soin, et son extrémité beaucoup plus plate ; ensuite entre les plis obliques très marqués du manteau et les plis verticaux du péplos. Il a utilisé un marbre micacé, dont l'analyse permettra de cerner l'origine.

 

Cette péplophore appartient à un groupe bien connu de statues représentant des déesses ou des muses, qui ornaient soit des tombes, soit des sanctuaires. Elles étaient réalisées en plusieurs morceaux, avec des bras fixés par des tenons métalliques (ici, le bras a disparu mais le tenon est visible), et une tête qu'on posait dans une cuvette.  On en trouve de l'époque classique et de l'époque hellénistique. Le style ouvragé montre qu'on est ici dans l'époque hellénistique, soit autour du IIe siècle avant JC, l'époque classique étant beaucoup plus sobre. Les muses de l'autel de Priène (musées de Berlin et Istanbul), sont de la même époque, ainsi que deux statues des musées de Thasos et Samos. Cette énumération montre la rareté de ces statues. Le musée du Louvre possédait bien une péplophore, mais plus tardive, puisque de l'époque impériale. En remerciement du geste de la fondation, le président-directeur du Louvre a décidé d'une exposition spéciale de l'œuvre dans le pavillon de l'Horloge en 2018.

                                   

 

 

Après le don en 2015 de la tapisserie Les Astronomes, qui orne maintenant le cabinet chinois (period rooms de l'aile Sully), la Fondation La Marck a fait trois dons au Louvre en 2016 : un tondo napolitain, une table de toilette par Biennais et un plat en terre vernissée.

 

Le tondo napolitain, acheté à Londres en décembre 2015 (collection Winter), est un grand médaillon (61cms) de marbre de la seconde moitié du XVIe siècle représentant la Flagellation du Christ. Cette œuvre s'inscrit dans le courant maniériste et comble en partie une lacune des collections du Louvre, où la sculpture florentine de cette époque est bien présente alors que le reste de l'Italie est presque absent.

 

                

 

Le sculpteur a su particulièrement bien jouer des contraintes imposées par la forme circulaire avec le bras d'un des bourreaux qui épouse le contour et les drapés qui soulignent l'arrondi. Mais l'originalité majeure de la composition réside dans le mouvement général et l'expression des visages : les bourreaux soutiennent le corps du Christ dans un geste plein de compassion, un peu à la manière d'une Pieta, et leur visage exprime une sorte de terreur mêlée de pitié. Un grand spécialiste de l'art religieux, le père François Boespflug, dominicain, commente ainsi l'œuvre :

 

Pour dire le vrai, je n'ai jamais vu rien de tel. Les deux bourreaux ont l'air d'être sous le coup d'une subite (et gracieuse ?)  prise de conscience de la gravité insensée de ce qu'ils ont fait, et de l'identité de celui à qui ils l'ont fait. Les écailles leur tombent des yeux, comme au bon larron le jour suivant, et à saint Paul sur le chemin de Damas. De bourreaux haineux et insensibles, les voici transformés en repentants compatissants.

 

Sans pouvoir pour l'instant identifier formellement l'auteur de ce tondo, on note des similitudes avec certaines sculptures d'Annibale Caccavello que l'on peut voir à Naples. Depuis le début de 2017, il est accroché dans la prestigieuse galerie Michel Ange (aile Denon).

 

La table de toilette acquise en novembre 2016 est signée Martin Guillaume Biennais ; il fut le grand orfèvre de Napoléon et de sa famille, mais avait commencé comme tabletier, habile à réaliser des nécessaires de toilette, avant de se lancer dans la fabrication de petits meubles et dans l'orfèvrerie pure.

 

Il s'agit d'un modèle bien connu dans sa version portative, c.-à-d. un miroir, ovale, octogone ou en écusson, quelquefois flanqué de bougeoirs et reposant sur un plateau facile à poser sur un lit. On en trouve des exemplaires à la Malmaison ou à Fontainebleau. Mais on n'en connaît que deux exemplaires en version meuble, celui-ci et un autre fabriqué pour Pauline Borghèse qui est dans sa chambre au musée Napoléon de Rome. Celui de Pauline est nettement plus étroit et dépouillé, il n'atteint pas la rare élégance de notre version.

 

Le meuble est en ronce d'if, ébène et bronze doré. Le miroir octogone est porté par deux termes à figures de femme en bronze doré. Le plateau central avec son miroir peut s'enlever pour être posé sur un lit ; il s'encastre à merveille dans la table. La datation des œuvres en rapport (dont plusieurs pour Joséphine) permet de penser que ce travail date du Consulat, sans doute réalisé pour un membre de la famille du futur empereur. Il sera placé dans une vitrine de la salle Biennais (aile Richelieu), non loin de la célèbre athénienne de Napoléon.

 

Egalement en novembre 2016, la fondation a pu acquérir pour le Louvre un plat en terre vernissée (36,5 cms) dit de la suite de Palissy, de la manufacture d'Avon ou de celle du Pré d'Auge. Ce plat est orné de motifs renaissance qui appartiennent au répertoire de l'école de Fontainebleau : médaillons représentant les quatre saisons et scènes de chasse sur le pourtour. En son centre, les armes d'Emmanuel-Philibert de Savoie (1528-1580) ou de son fils Charles-Emmanuel (1562-1630). Sachant que ces plats étaient souvent produits à partir de moules ayant servi à des pièces d'orfèvrerie, on peut penser que le plat en métal qui a servi de modèle a été acheté par Emmanuel-Philibert, ou mieux lui a été offert comme cadeau diplomatique par sa belle-sœur Catherine de Médicis. En effet, Charles-Emmanuel, très batailleur, a le plus souvent été en guerre avec la France.

 

Les couleurs du plat font tout son charme, avec une dominante jaune clair très lumineuse qui tranche sur la production habituelle rangée dans la suite de Palissy, beaucoup plus sombre. Cette production est actuellement l'objet d'une étude conjointe du Musée du Louvre et de celui de la Renaissance à Ecouen. La pièce a une vitrine qui l'attend dans l'aile Richelieu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

             

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