Dons au Musée du Louvre

Fondation La Marck

En 2020, deux œuvres ont été données au Louvre, une assiette émaillée pour les Objets d’Art et une terre cuite pour les Sculptures.

 

L’assiette en émail de Limoges est l’œuvre de Jean Limosin, un artiste qui opérait au début du XVIIsiècle et était membre d’une famille d’émailleurs célèbres. On le reconnaît en particulier à ses fonds bleu nuit pailletés d’or, un peu comme des ciels étoilés. Ses œuvres sont rares et recherchées.

 

                                 

A l’été 2020, le marché a commencé à bruisser de la découverte de deux assiettes inédites de Jean Limosin représentant des empereurs romains à cheval, qui faisaient sans doute partie d’une série des douze Césars, un thème fort populaire à Limoges au XVIet au XVIIsiècles. On savait que Jean Limosin avait réalisé deux assiettes sur ce thème, au XIXsiècle dans la collection des rois de Suède, depuis données au Nationalmuseum de Stockholm. Ces deux assiettes dormaient dans les réserves du musée mais avaient été repérées par des historiens de l’art français. Elles étaient jusque là les seules connues de cette série.

 

En septembre, la fondation a proposé aux Objets d’Art de leur offrir les deux assiettes inédites, l’une légendée sur le marli Vespasien et l’autre Vitellius. Si le directeur du département et la conservatrice en charge ont accepté sans hésiter notre offre, on s’est heurté à un problème de préfinancement par le Musée, alors que la crise sanitaire avait mis à mal sa trésorerie qui n’avait pas encore été réapprovisionnée après les mesures d’aide prises par la ministre, mais le président-directeur a réussi à régler le problème.

 

La veille de la vente (Coutau-Bégarie du 6 octobre), la conservatrice est revenue enthousiaste de l’exposition et en même temps prise de doutes quant aux limites que nous avions fixées d’un commun accord, pourtant bien au-delà de l’estimation de 15-20.000 pour chaque assiette. Elle nous a demandé si nous accepterions de reporter la totalité de la somme sur la seconde assiette au cas où on manquerait la première ; nous avons accepté. Sage précaution : la première a fait 110.000, très au-dessus de notre limite, par contre le musée a pu préempter la seconde à 88.000. Cette dernière se distingue des trois autres connues par la couleur, psychédélique, du cheval : il a une robe bleue ! 

 

Cette acquisition a eu une suite inattendue : nos amis suédois ont décidé de sortir leurs deux assiettes des réserves, de les photographier en couleurs (ce qui n’avait jamais été fait) et de lancer une étude conjointe sur le sujet avec le Musée du Louvre. Touche finale de ce tableau idyllique : le directeur du Nationalmuseum, l’historien de l’art Magnus Olausson, a rappelé à Tonika Hirdman qu’ils avaient été amis d’enfance !

 

La terre cuite est une maquette de pendule créée par Johann Heinrich Dannecker (1758-1841), un sculpteur allemand, né et formé à Stuttgart, qui a poursuivi sa formation avec Pajou à Paris, puis à Rome avec notamment Canova. De retour à Stuttgart en 1791, il travailla principalement pour la cour de Wurtemberg et fut un des chefs de file de l’école néo-classique en Allemagne.

 

  

 

Le thème qu’il a choisi est celui bien connu des trois Parques, dont l’une déroule le fil de la vie, la deuxième le tient et la troisième le coupe. Ces redoutables divinités, maîtresses de la destinée humaine, sont ici transformées en trois gracieuses jeunes filles. Bien plus, celle chargée de couper le fil de la vie semble refuser d’assumer sa tâche et s’est assoupie. Dannecker avait d’abord utilisé cette présentation pour une esquisse proposée à la duchesse de Wurtemberg, dans l’espoir qu’elle lui commanderait un groupe en marbre. Malgré le message optimiste de la présentation, la duchesse n’a pas donné suite. 

 

                                                 

 

Il a alors repris la formule pour la maquette en terre cuite d’une pendule de belles dimensions (54 cms de haut). Chinard, dont il est proche, a lui aussi réalisé des maquettes de pendules. Ici, on admire la souplesse des corps et la fluidité des drapés. Le raffinement iconographique et stylistique dont Dannecker fait preuve rend la pièce particulièrement représentative de son art du modelage.

 

Cette maquette, dont on connaît l’historique, a pu être achetée dans de bonnes conditions chez Nagel Auction le 10 décembre 2020. Son importance pour le Louvre est évidente : le département des Sculptures n’avait aucune pièce germanique de la période à présenter.

 

En 2019, trois œuvres ont été offertes au Louvre, qui nous avaient été proposées par les dirigeants du Musée : un vase grec, une peinture de l’école de Fontainebleau et un coffret de porcelaine de Sèvres.

 

Le vase grec a été acquis lors de la vente Pierre Bergé du 21 février. Il est décoré sur une face d'un épisode de la Centauromachie, autrement dit le combat des Centaures et des Lapithes. Rappelons que l'ancêtre des premiers s'était uni à une jument et que sa descendance a eu un tronc humain sur un corps de cheval. Les deux tribus se sont affrontées dans de multiples combats. Parmi les Lapithes, Cénée (Kaineus) avait été rendu presque invincible par Poséidon. Ne pouvant en venir à bout en combat singulier, les Centaures l'ensevelissent vivant dans le sol en le frappant avec des troncs et des rochers. C'est cet épisode qui est ici représenté.

 

Cette scène était déjà figurée sur trois vases de la collection du Louvre. Mais l'originalité du présent vase réside dans une anomalie iconographique : le centaure de gauche est représenté en hoplite avec casque et bouclier, des armes en principe réservées aux Lapithes alors que les Centaures utilisaient des armes naturelles comme des branches ou des pierres. Cette anomalie fait du vase un unicum.

 

Le décor est attribué, avec prudence, par Beazley au Peintre du symposion du Louvre, et daté autour de 450-440 avant J-C. Le musée conservait déjà des vases attribués à ce peintre : amphore et stamnos fragmentaire, celui-là même où figure une scène de symposion (1). Si l’attribution est confirmée, ce serait donc une troisième forme qui entrerait dans les collections, celle d'uncratère à colonnettes. Et ce cratère est d'aspect monumental

 

 

(1) Un symposion chez les Grecs est la seconde partie d’un banquet, au cours de laquelle on boit et on discute.

 

                                         ⁎                                 

 

Le 6 octobre 2019 passait à Saint-Cloud chez Le Floch un tableau de format oblong attribué par l'expert du cabinet Turquin Stéphane Pinta à la première école de Fontainebleau. Le président-directeur du Musée du Louvre nous avait demandé de l'aider à acquérir cette œuvre, et la fondation La Marck a été heureuse de pouvoir y contribuer.

 

Chronologiquement, c'est Stéphane Pinta qui a prévenu plusieurs mois à l'avance Cécile Scailliérez, conservateur général en charge de la peinture du XVIe siècle, de l'intérêt de ce tableau, au sujet duquel deux questions venaient immédiatement à l'esprit : quel pouvait être son auteur, et à quel usage était-il destiné. Car il s'agit visiblement d'une esquisse pour un décor en frise sous plafond, comme on en connaît plusieurs au château de Fontainebleau. Il peut s'agir d'un décor détruit, ou d'un projet de décor qui n'a pas vu le jour. Les frises peintes sous plafond étaient aussi utilisées en Italie à l’époque, comme en témoignent les dix tableaux oblongs de Dosso Dossi pour le cabinet d’albâtre d’Alphonse d’Este.

 

 

Le sujet lui-même peut aider à relier ce bozzetto à un projet. Il représente une femme s'apprêtant à faire une libation. Elle est assise auprès d'un autel où brûle un feu et tend sa coupe à un assistant qui y verse un liquide. Au premier plan, un homme et une femme voilés, des enfants et de grandes jarres. Sur les côtés, des termes féminins encadrent la composition. Deux propositions ont été faites quant à cette scène : la Pythie de Delphes buvant l'eau de la source Cassotis, ou Artémise s'apprêtant à boire les cendres de Mausole (1). Cécile Scailliérez privilégie la seconde, car on ne connaît pas de représentation de la première alors que le thème d'Artémise et Mausole était fort à la mode à l'époque.

 

Stéphane Pinta écrit dans le catalogue de la vente que l'auteur doit être un artiste émilien en France et il cite deux noms : Primatice et Nicolo dell'Abate. Cécile Scailliérez remarque que le premier décor de la chambre du Roi à Fontainebleau comportait des compositions en frise encadrées de termes, comme en témoigne un dessin de Primatice de la collection du Louvre. Le Musée est riche en dessins de ce maître et Dominique Cordellier, qui les connaît si bien, participe aux comparaisons stylistiques. Un autre moyen d'en savoir plus serait d'arriver à retracer le parcours du bozzetto, à partir des connaissances que l'on a de la succession de ces grands peintres. On en est là. Il est en tout cas certain que le Louvre se devait d'intervenir ainsi que l'a bien compris Cécile Scailliérez, car il s'agit d'une œuvre d'intérêt patrimonial majeur, qui devrait faire progresser la connaissance des décors bellifontains.

 

(1) Artémise II, vivant au IVe siècle avant JC, était la veuve du roi Mausole, d'Halicarnasse. On lui doit une des sept merveilles du monde, le mausolée d'HalicarnasseAu début des années 1560, Catherine de Médicis, qui étalait ostensiblement son veuvage, s'est identifiée à Artémise. Le fait est bien connu. Ce tableau peut donc être lié à un projet de la reine.

 

                                         ⁎

 

Le 14 novembre 2019, un coffret de porcelaine de Sèvres a été acquis pour les salles XIXe du Louvre au cours d'une vente Beaussant-Lefèvre. De forme monumentale, en porcelaine dure sur armature de bronze doré, il a été dessiné par Ferdinand Régnier en 1845 et fait partie de ses productions néo-romanes, avec une spectaculaire pendule conservée au musée de Sèvres. C'est l'époque où, sous l'impulsion d'Alexandre Brongniart, Sèvres fait revivre des styles anciens, gothique, renaissance, roman, et même étrusque ou arabo-andalou. On est en somme en plein revival à cette période, qui s'étend sur une large partie du XIXe siècle. La nouveauté réside dans la combinaison, fréquente, de ces styles anciens, qui peut donner un résultat savoureux.

 

Ferdinand Régnier, qui était à la fois un artiste (modeleur, peintre et dessinateur) et un technicien avisé, dirigeait la production de Sèvres, pâtes et fours, depuis 1826. Il appartenait à une famille fortement impliquée dans la vie de la manufacture. C'est lui qui a conçu en 1842 un vase sur le modèle redécouvert de ceux dits de l'Alhambra, en réalité produits à Malaga aux XIVe et XVe siècles et dessinés par Adrien Dauzats lors de la mission Taylor de 1835.

 

 

Le coffret a la forme d'un reliquaire, doté de colonnettes et de trois plaques  historiées sur le thème de la vie de saint Éloi. Sa réalisation fort  coûteuse à partir de 1846 a donné lieu à des prouesses techniques telles que des plaques en porcelaine réticulée à l'imitation des moucharabiehs, ou des incrustations d'or et de pâtes de couleur sur porcelaine comme dans les vases de l'Alhambra. Au terme d'un travail de plusieurs années, la pièce a été mise en vente en 1853 au prix de 4000 francs-or. Elle a servi à récompenser le vainqueur du steeple-chase de Versailles, sans doute remise par Napoléon III, qui assistait régulièrement à ces courses au début de son règne. Le style particulier de ce coffret n'était pas représenté dans les collections du Louvre. On notera que les dessins préparatoires aquarellés de Ferdinand Régnier sont conservés au musée national de céramique de Sèvres

 

 

 

En 2017, la fondation a fait preuve d'une activité débordante avec pas moins de six dons, un aux Peintures, un aux Antiquités grecques, étrusques et romaines, et quatre aux Objets d'art.

 

Le 29 novembre, l'expert en haute époque Laurence Fligny présentait un ensemble d'émaux de Limoges du XVIe siècle. Deux seront préemptés par les Objets d'art, une coupe et un médaillon. La coupe en émail est peinte en grisaille avec des rehauts d'or. Son décor, typiquement renaissance, couvre l'intérieur et l'extérieur de délicats motifs avec au centre Neptune debout sur une conque tirée par quatre chevaux marins. Cette scène est inspirée d'une gravure de Marcantonio Raimondi d'après Raphaël. Sur le rebord intérieur, les douze signes du zodiaque. Le décor extérieur est caractéristique du répertoire bellifontain : quatre termes féminins reliés par des rubans, trophées, lampes de sanctuaire, ou chimères ailées. Le pied est orné de personnages nus. Cette coupe est attribuée à Jean III Pénicaud. Le Louvre possédait déjà deux coupes de même style mais de moindre qualité.

 

                 

 

 

Le médaillon en émail polychrome avec rehauts d'or représente le duc de Naimes sur un cheval blanc caparaçonné aux antérieurs levés. Il est l'œuvre de Colin Nouailher, auteur d'une série célèbre de médaillons, la série des preux, et d'une autre moins connue et beaucoup plus rare, la série des paladins (de l'époque de Charlemagne). On ne connaissait que deux exemplaires de cette série dans des musées, à Angers et au Met de New York. Le duc de Naimes appartient à cette deuxième série. C'est un des personnages de la Chanson de Roland, qui n'a eu sans doute d'existence que littéraire.

 

                        

 

 

Le 30 mars 2017, lors de la vente de la collection de l'antiquaire Jacques Bacri, Cécile Scailliérez, conservateur général du patrimoine, a acheté pour le Louvre deux volets de triptyque représentant saint Jean-Baptiste et sainte Agnès, attribués à un peintre rare et énigmatique, le maître du retable d'Avila, aussi appelé maître Johannes, qui vivait au début du XVIe siècle. Ce peintre, qui s'inscrit dans la lignée de Rogier van der Weyden et est proche de son petit-fils Goossen, a été étudié par Didier Martens, qui lui attribue cinq œuvres, dont une seule en mains privées. Les deux plus importantes sont le retable d'Avila, qui lui a donné son nom, et celui de Maria-ter-Heide près d'Anvers. Son prénom, Johannes, figure sur la facture de ce dernier retable, que lui avait commandé l'abbaye de Tongerlo. Les deux sont monumentaux (autour de 2,5 x 3,5).

 

Une des questions qui agitent les experts est de savoir si ce peintre d'origine flamande a vécu et travaillé en Espagne ou non. Les responsables du musée royal d'Anvers pensent qu'il est resté en Flandres pour exécuter une commande venue d'Espagne, comme beaucoup de ses collègues. D'autres croient qu'il a vécu en Espagne et y a peut-être fini sa vie. La fondation a participé à cette acquisition par le Louvre.

 

                      

 

 

En septembre, avait lieu la vente événement de la collection Jean Lafont. Peut-être le plus célèbre manadier de Camargue, Jean Lafont (1922-2017) résidait au mas des Hourtès, que Marie-Laure de Noailles avait mis à sa disposition. Détail amusant : c'est un parent du descendant des La Marck qui avait présenté Jean Lafont à Marie-Laure... Le mas des Hourtès a été pendant la période Lafont au centre d'une vie brillante : parmi les hôtes de marque, les Kennedy, Alain Delon, Johnny Hallyday, les Pompidou, Jean Cocteau, Romy Schneider, Jean Hugo venu en voisin...

 

De la collection très éclectique réunie par Jean Lafont, le département des Objets d'art a retenu un coffret d'argent de Froment-Meurice. Réalisé vers 1848 pour l'Exposition universelle de l'année suivante par ce célèbre orfèvre, le coffret, qui pèse 5,7 kg, est de style néo-gothique, décoré de rosaces et de motifs en ogives, et appliqué de pinacles. Ses pieds figurent des animaux fantastiques ailés. Il viendra compléter le décor des salles du XIXe siècle ouvertes dans les années 1990 par Daniel Alcouffe.

 

                           

 

 

Début novembre, Jean-Luc Martinez, alors retenu à Abu Dhabi, nous a appelé à la rescousse pour une statue péplophore grecque de la collection Henry de Montherlant, lot 4 de la vente Artcurial du 7. Bonne surprise : elle a fait moins que l'estimation basse, sans doute parce qu'on était au tout début de la vente. Les statues suivantes ont fait trois fois l'estimation ou plus. Peut-être aussi l'effet de la préemption qui a électrisé la salle ?

 

L'agencement de ses vêtements est très savant. Elle est couverte jusqu'aux pieds d'une tunique de laine ou péplos, ici agrémentée d'un rabat ou apoptygma, lequel est serré par une ceinture qui permet en tirant sur son extrémité d'en régler la longueur. Elle a en outre les épaules couvertes par un manteau de laine ou himation. Le sculpteur a multiplié les contrastes : d'abord entre le bouffant du rabat, très plissé et traité avec le plus grand soin, et son extrémité beaucoup plus plate ; ensuite entre les plis obliques très marqués du manteau et les plis verticaux du péplos. Il a utilisé un marbre micacé, dont l'analyse permettra de cerner l'origine.

 

Cette péplophore appartient à un groupe bien connu de statues représentant des déesses ou des muses, qui ornaient soit des tombes, soit des sanctuaires. Elles étaient réalisées en plusieurs morceaux, avec des bras fixés par des tenons métalliques (ici, le bras a disparu mais le tenon est visible), et une tête qu'on posait dans une cuvette.  On en trouve de l'époque classique et de l'époque hellénistique. Le style ouvragé montre qu'on est ici dans l'époque hellénistique, soit autour du IIe siècle avant JC, l'époque classique étant beaucoup plus sobre. Les muses de l'autel de Priène (musées de Berlin et Istanbul), sont de la même époque, ainsi que deux statues des musées de Thasos et Samos. Cette énumération montre la rareté de ces statues. Le musée du Louvre possédait bien une péplophore, mais plus tardive, puisque de l'époque impériale. En remerciement du geste de la fondation, le président-directeur du Louvre a décidé d'une exposition spéciale de l'œuvre dans le pavillon de l'Horloge en 2018.

                                   

 

 

Après le don en 2015 de la tapisserie Les Astronomes, qui orne maintenant le cabinet chinois (period rooms de l'aile Sully), la Fondation La Marck a fait trois dons au Louvre en 2016 : un tondo napolitain, une table de toilette par Biennais et un plat en terre vernissée.

 

Le tondo napolitain, acheté à Londres en décembre 2015 (collection Winter), est un grand médaillon (61cms) de marbre de la seconde moitié du XVIe siècle représentant la Flagellation du Christ. Cette œuvre s'inscrit dans le courant maniériste et comble en partie une lacune des collections du Louvre, où la sculpture florentine de cette époque est bien présente alors que le reste de l'Italie est presque absent.

 

                

 

Le sculpteur a su particulièrement bien jouer des contraintes imposées par la forme circulaire avec le bras d'un des bourreaux qui épouse le contour et les drapés qui soulignent l'arrondi. Mais l'originalité majeure de la composition réside dans le mouvement général et l'expression des visages : les bourreaux soutiennent le corps du Christ dans un geste plein de compassion, un peu à la manière d'une Pieta, et leur visage exprime une sorte de terreur mêlée de pitié. Un grand spécialiste de l'art religieux, le père François Boespflug, dominicain, commente ainsi l'œuvre :

 

Pour dire le vrai, je n'ai jamais vu rien de tel. Les deux bourreaux ont l'air d'être sous le coup d'une subite (et gracieuse ?)  prise de conscience de la gravité insensée de ce qu'ils ont fait, et de l'identité de celui à qui ils l'ont fait. Les écailles leur tombent des yeux, comme au bon larron le jour suivant, et à saint Paul sur le chemin de Damas. De bourreaux haineux et insensibles, les voici transformés en repentants compatissants.

 

Sans pouvoir pour l'instant identifier formellement l'auteur de ce tondo, on note des similitudes avec certaines sculptures d'Annibale Caccavello que l'on peut voir à Naples. Depuis le début de 2017, il est accroché dans la prestigieuse galerie Michel Ange (aile Denon).

 

La table de toilette acquise en novembre 2016 est signée Martin Guillaume Biennais ; il fut le grand orfèvre de Napoléon et de sa famille, mais avait commencé comme tabletier, habile à réaliser des nécessaires de toilette, avant de se lancer dans la fabrication de petits meubles et dans l'orfèvrerie pure.

 

Il s'agit d'un modèle bien connu dans sa version portative, c.-à-d. un miroir, ovale, octogone ou en écusson, quelquefois flanqué de bougeoirs et reposant sur un plateau facile à poser sur un lit. On en trouve des exemplaires à la Malmaison ou à Fontainebleau. Mais on n'en connaît que deux exemplaires en version meuble, celui-ci et un autre fabriqué pour Pauline Borghèse qui est dans sa chambre au musée Napoléon de Rome. Celui de Pauline est nettement plus étroit et dépouillé, il n'atteint pas la rare élégance de notre version.

 

Le meuble est en ronce d'if, ébène et bronze doré. Le miroir octogone est porté par deux termes à figures de femme en bronze doré. Le plateau central avec son miroir peut s'enlever pour être posé sur un lit ; il s'encastre à merveille dans la table. La datation des œuvres en rapport (dont plusieurs pour Joséphine) permet de penser que ce travail date du Consulat, sans doute réalisé pour un membre de la famille du futur empereur. Il sera placé dans une vitrine de la salle Biennais (aile Richelieu), non loin de la célèbre athénienne de Napoléon.

 

Egalement en novembre 2016, la fondation a pu acquérir pour le Louvre un plat en terre vernissée (36,5 cms) dit de la suite de Palissy, de la manufacture d'Avon ou de celle du Pré d'Auge. Ce plat est orné de motifs renaissance qui appartiennent au répertoire de l'école de Fontainebleau : médaillons représentant les quatre saisons et scènes de chasse sur le pourtour. En son centre, les armes d'Emmanuel-Philibert de Savoie (1528-1580) ou de son fils Charles-Emmanuel (1562-1630). Sachant que ces plats étaient souvent produits à partir de moules ayant servi à des pièces d'orfèvrerie, on peut penser que le plat en métal qui a servi de modèle a été acheté par Emmanuel-Philibert, ou mieux lui a été offert comme cadeau diplomatique par sa belle-sœur Catherine de Médicis. En effet, Charles-Emmanuel, très batailleur, a le plus souvent été en guerre avec la France.

 

Les couleurs du plat font tout son charme, avec une dominante jaune clair très lumineuse qui tranche sur la production habituelle rangée dans la suite de Palissy, beaucoup plus sombre. Cette production est actuellement l'objet d'une étude conjointe du Musée du Louvre et de celui de la Renaissance à Ecouen. La pièce a une vitrine qui l'attend dans l'aile Richelieu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

             

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