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Activités éditoriales

Soutien des activités éditoriales

En 2025

 

En début d’année 2024, la direction des Sculptures du Louvre nous a demandé si nous pouvions les aider à financer le volume de Mélanges offerts à Geneviève Bresc-Bautier, à paraître en hommage à cette valeureuse directrice du département, spécialiste de la sculpture française des XVIe et XVIIe siècles, ainsi que de l’histoire du Louvre. Entrée à la conservation des Sculptures du Louvre en 1976, elle avait succédé en 2004 à Jean-René Gaborit à la tête du département, où elle était restée jusqu’en 2014. Elle avait ensuite profité de sa retraite pour diriger la monumentale Histoire du Louvre en trois volumes, publiée en 2016, tout en continuant à enseigner à l’École du Louvre.

Nous avons eu plusieurs fois recours à ses lumières. En particulier, nous cherchions où était située l’ancienne chapelle royale, celle de la forteresse du Moyen Âge. Sur le coup prise au dépourvu, elle nous a répondu le lendemain qu’elle était adjacente à la chambre du roi, et donc au premier étage de la face sud du château fort, celle donnant sur la Seine. La question n’était pas gratuite : c’était là que Diane de Poitiers avait présidé au mariage de sa fille Françoise avec Robert de La Marck en 1538, en présence du futur Henri II. Même si ce lien avec le Louvre a disparu, il reste dans le cœur du mécène.

Pour ce volume de mélanges, plus de trente auteurs ont répondu présent. Parmi ceux-ci, on peut citer : Jean-René Gaborit, Pierre-Yves Le Pogam, Béatrice de Chancel, Sophie Guillot, Dominique Cordellier, Sophie Jugie, Guillaume Fonkenell, Marc Bormand, Philippe Malgouyres, Françoise de La Moureyre, Stéphane Castelluccio, Guilhem Scherf, Alexandre Maral, Sophie Mouquin, Claire Barbillon, Antoinette Le Normand-Romain, Anne Pingeot. Tous se sont retrouvés lors d’une petite fête tenue le 25 mars 2025 à l’École du Louvre au moment de la sortie du livre. 

                                                       

En fin d’année 2024, Manuel Cornejo a remis sa copie à Gallimard pour la réédition devenue nécessaire de Maurice Ravel, Correspondance, écrits et entretiens, paru en 2018. Le livre est paru en janvier 2025 sous un format plus petit et en deux volumes. En sept ans, la correspondance s’est enrichie de près de 250 nouveaux documents, essentiellement des lettres de Ravel. Y figure la bouleversante lettre à son ami Lucien Garban du 2 mars 1934 qui commence par : C’est l’anémie cérébrale dans toute son horreur, prélude à ses années sans pouvoir plus rien composer.

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A Chantilly, la grande affaire de 2025 a été l’exposition autour des Très Riches Heures du duc de Berry.  Ce fut l’événement mondial de l’année dans le domaine des manuscrits enluminés, car les Très Riches Heures sont considérées à juste titre comme la Joconde de ces manuscrits et leur prestige a attiré les prêteurs du monde entier, de sorte qu’on a pu voir la quasi-totalité des livres de Jean de Berry. Une occasion unique et qui risque de ne jamais se reproduire.

L’événement déclencheur fut la décision de restaurer le premier cahier des Très Riches Heures qui était dérelié. Ce cahier comporte les plus fameuses enluminures de l’ensemble, le calendrier des mois, de sorte qu’on a pu en montrer les douze feuillets, alors que le reste du manuscrit a été ouvert à une page enluminée différente tous les quinze jours, pour permettre d’admirer les plus spectaculaires des 52 grandes peintures. Les ont rejoints : les Très Belles Heures (Bruxelles), les Belles Heures (Met), le Livre d’Heures (Nuremberg), un autre Livre d’Heures (BnF), les Grandes Heures (Louvre et BnF), les Petites Heures (BnF), les Très Belles Heures de Notre-Dame (BnF), etc.

 

L’exposition était complétée par des archives comme le contrat de mariage de Jean de Berry, des sceaux, des médailles, le gisant du duc et deux pleurants rescapés de son tombeau de Bourges par Jean de Cambrai, d’autres rescapés de la Sainte Chapelle de Bourges construite par le duc (prophètes et camées), une somptueuse broderie (cat. 76) sur un carton des frères Limbourg, des pièces d’orfèvrerie montrées en équivalence.

Comme il fallait s’y attendre, l’exposition a connu un immense succès au point de devoir jouer les prolongations après quatre mois d’ouverture de juin à octobre.

                                                    

Dernière édition soutenue en 2025, le Michel-Ange de Jean-René Gaborit, fruit du travail de toute une vie. Rappelons d’abord que cet homme éminent fut l’un des principaux acteurs de l’épopée du Grand Louvre en tant que directeur du département des Sculptures. Le nouveau département devait trouver sa place dans l’aile Richelieu mais son installation a été retardée par les caprices d’un ministre des Finances qui ne voulait pas libérer la place. Les travaux n’ont pu commencer qu’en 1989. La décision des trois architectes de couvrir les cours de l’ancien ministère a été déterminante pour structurer le nouveau département. C’est en 1993 que sont apparues à nos yeux éblouis les cours Puget et Marly. Le choc a été tel pour le mécène qu’il n’a plus eu qu’une idée en tête : participer à l’installation de nouvelles sculptures dans ces cours. Il était près de réussir en 2001 avec une des compagnes de Diane venant de Marly en grand danger à Bolbec, qui avait naturellement sa place dans la cour Marly, quand le ministère a bloqué l’opération pour privilégier le nouveau musée de Marly-le-Roi.

Après que Jean-René Gaborit a pris sa retraite, le mécène a cherché à lui rendre hommage par des dons. Mais quand il a su qu’une éditrice sur le point de prendre sa retraite et ayant vendu sa maison d’éditions lui créait des difficultés pour éditer son ouvrage sur Michel-Ange, il a vu là une opportunité de marquer sa reconnaissance en cherchant à débloquer le dossier. L’éditrice laissait traîner les choses en exigeant plus de préfinancement et en rajustant à la hausse ses devis. En outre, elle avait fixé un prix de vente élevé qui mettait en péril la diffusion. Nous avons menacé de nous retirer du financement si le prix n’était pas baissé. L’éditrice a cédé. Le 11 décembre aux Sculptures, lors d’une réunion pleine de chaleur en présence de tout le département, y compris son jeune retraité Guilhem Scherf, l’ouvrage nous a été présenté. Jean-René a commencé son discours en remerciant le mécène qui en était un peu confus, car enfin nous sommes tous pleins de gratitude pour l’action qu’il a menée à la tête du département qui restera dans l’histoire du Louvre.

L’ouvrage n’est pas une énième biographie sur Michel-Ange et son titre est précis : Les sculptures de Michel Ange, le vrai, l’incertain et le faux. Face au foisonnement des publications, Jean-René Gaborit se propose en effet de faire le tri dans la production de Michel-Ange mais aussi d’après lui. Les titres des chapitres sont plus explicites :

- I Sculptures conservées d’authenticité certaine (la Pieta et le Moïse du Vatican, le David de marbre de Florence, les Esclaves du Louvre, le tombeau des Médicis, etc) avec de nombreux détails sur leur commande, les dessins préparatoires, la répartition des tâches comme pour le monument de Jules II auquel appartient le Moïse. L’auteur rappelle que la vogue en France des Esclaves est allée jusqu’à reproduire treize fois l’Esclave mourant sur la façade de l’immeuble qui abrite le commissariat du 12e arrondissement de Paris !

- II Sculptures perdues et retrouvées ? Jean-René Gaborit met un point d’interrogation car bien peu ont été réellement retrouvées. L’un des exemples les plus célèbres est celui du Cupidon archer, aussi dit Cupidon de Manhattan car retrouvé en 1996 au sein du bâtiment des services culturels de l’ambassade de France à New York, et considéré comme le seul authentique bien qu’accidenté, un vrai miracle ! Par contre, la quête du David de bronze anciennement installé à Bury par Florimond Robertet, puis emmené à Mennecy par les Villeroy n’a pas pour l’instant donné de résultats. Quant aux deux versions du Christ rédempteur, elles donnent lieu à un débat passionnant sur leurs relations stylistiques et les noms des artistes qui ont terminé la première

- III Sculptures exécutées d’après des projets de Michel-Ange mais par d’autres sculpteurs et sous sa direction. L’exemple type est celui du monument de Jules II, dont nombre de sculptures ont été réalisées par des collègues de Michel-Ange selon ses instructions, non seulement des sculptures décoratives, mais aussi certaines des statues ; les modèles fournis par le maître pouvant être des dessins annotés ou des cires, dont il subsiste quelques rares exemplaires. Ainsi les quatre grands termes à figure de vieillard de l’étage du bas sont l’œuvre de collaborateurs de Michel-Ange. Pour la commande des tombeaux des Médicis à San Lorenzo de Florence, Michel-Ange a confié la réalisation des statues de saint Côme et saint Damien à deux collaborateurs. D’autres cas sont ici évoqués qui prêtent à discussion.

- IV Sculptures exécutées d’après des « inventions » dessinées ou peintes par Michel-Ange, qui n’étaient pas destinées à être traduites en trois dimensions mais qui ont été utilisées par des sculpteurs comme modèles ou comme sources d’inspiration. Deux sources d’inspiration sont ici distinguées : des dessins très finis, dits « dessins dédicatoires », offerts à de puissants mécènes, ou plus simplement des peintures, comme celles de la chapelle Sixtine. Ces dernières ont inspiré deux sculpteurs français : Rodin et Saint-Marceaux. De même, le tableau Léda et le Cygne du maître, sujet éminemment vendeur détruit à Fontainebleau au XVIIe, a donné lieu à plusieurs sculptures. Côté dessins, Windsor conserve dans ses riches collections plusieurs dessins dédicatoires qui ont inspiré les sculpteurs, comme Alfred Boucher pour les Archers.

- V Sculptures et objets attribués à Michel-Ange ou supposés avoir été exécutés d’après ses dessins. Les attributions douteuses pullulent mais au fil des siècles, leurs véritables auteurs ont souvent pu être identifiés. C’est le cas de Vincenzo de Rossi pour un Adonis mourant, Guglielmo della Porta, pour une Descente de Croix. Plusieurs sculptures ont été attribuées à Michel-Ange alors que c’étaient des antiques. Parmi ces derniers, on lui prête plus de restaurations qu’il n’en a faites. On va même jusqu’à l’accuser d’avoir réalisé avec le Laocoon un faux complet pour lancer la collection d’antiques de Jules II. Une hypothèse qui ne tient pas si l’on sait que ses marbres sont grecs ! Mais le doute reste permis pour le Putto portant des guirlandes qui pourrait être de Michel-Ange jeune dans l’atelier de Benedetto da Maiano.

En un peu plus de 500 pages, Jean-René Gaborit nous permet ainsi d’avoir une vision beaucoup plus claire de l’œuvre de Michel-Ange sculpteur, grâce à la connaissance intime qu’il en a acquise au fil des décennies. Cette somme est appelée à prendre place parmi les ouvrages fondamentaux de documentation en matière d’histoire de l’art.

 

 

En 2024

En octobre 2024 était inaugurée à Rouen une exposition Geoffroy Dumonstier, conçue sous l’égide des archives départementales avec l’aide de la BnF et du Louvre. Auparavant, Dominique Cordellier m’avait demandé si je pouvais la soutenir. Cette proposition ne pouvait me laisser insensible, s’agissant d’un artiste de la Renaissance et d’un Rouennais. Geoffroy Dumonstier (c1504-1573) n’est pas le personnage le plus connu de la dynastie des Dumonstier (ses fils Étienne, Pierre et Cosme, ses petits-fils Pierre II et Daniel, son arrière-petit-fils Nicolas), mais il a joué un rôle-clé dans l’histoire de l’art et tout le mérite de l’exposition a été de le mettre en valeur pour la première fois, avec un catalogue qui restera un ouvrage de référence. Qu’on en juge : Geoffroy a été peintre, enlumineur du roi, dessinateur et graveur, il a travaillé auprès de Rosso à Fontainebleau, il a fourni des modèles pour les sculpteurs ou les céramistes dont le célèbre Masséot Abaquesne… Les AD de Seine-Maritime qui détiennent son chef d’œuvre, le Jugement dernier et les œuvres de miséricorde (1552, voir infra), étaient bien placées pour organiser cette exposition et montrer son apport à l’art de l’enluminure déjà mis en valeur par Sylvie Béguin. Elles ont pu acheter encore récemment une de ses rarissimes gravures (26 planches, que la BnF est seule à posséder en totalité).

Ses dessins qui constituent le cœur de l’exposition ont été étudiés par Dominique Cordellier. Ils sont principalement d’inspiration religieuse et souvent des dessins préparatoires à des peintures, sculptures, vitraux, céramiques réalisés par d’autres artistes. C’est là où l’on voit le rôle, plus central qu’on ne pouvait le croire, de Geoffroy dans l’histoire de l’art à la Renaissance. L’exposition se termine par l’évocation d’un travail un peu à part réalisé pour un des fils d’Henri II : Usages géométriques de l’astrolabe, suite de douze dessins aquarellés détenus par le Louvre, dont on voit ici les feuillets. Ils étaient destinés à illustrer un ouvrage du mathématicien et astronome Johann Stöffler, qui a connu plusieurs rééditions à l’époque mais dont les schémas étaient peu accessibles. Voilà notre homme transformé en pédagogue !

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Depuis plusieurs années, nous suivions le travail accompli par Marie-Laure de Rochebrune sur le grand collectionneur du XVIIIe siècle La Live de Jully (1725-1779). Elle s’est adressée aux éditions Liénart pour la publication de cet imposant ouvrage qui est sorti en novembre 2024. Le livre est préfacé par Colin Bailey, déjà auteur d’une étude sur La Live parue en 1988 et d’une autre sur le Patriotic Taste. Vincent Droguet enchaîne avec un brillant avant-propos qui part du portrait de La Live par Greuze, où il rappelle le rôle de Marie-Laure dans la redécouverte du goût à la grecque cher à La Live à travers une exposition qui a circulé en Europe. L’ouvrage est divisé en trois parties : 

- Un milieu familial, social et littéraire extrêmement brillant, où on apprend, entre autres, que son père, fermier général, lui a donné le goût des collections et que la fréquentation des salons parisiens de sa famille ou de sa célèbre voisine madame Geoffrin a renforcé ce goût.

- Un homme de son temps, avec deux milieux professionnels : la Maison du Roi où il partage avec Dufort de Cheverny la charge d’introducteur des ambassadeurs, et l’Académie royale de peinture et de sculpture où il été élu en raison de ses talents de dessinateur et graveur, mais aussi de l’importance de sa collection. Il y retrouve Caylus, Jullienne, Watelet, Mariette et Bergeret, du beau monde ! Mariette en particulier a joué un rôle de conseiller auprès de La Live. Ce dernier est de son temps quand il collectionne les œuvres de ses amis peintres : Chardin, Greuze, Vien, Demachy, Lagrenée l’aîné, Carle van Loo, plus que les classiques tableaux flamands des siècles précédents. L’installation de ses collections dans les deux premiers hôtels qu’il a occupés à Paris, rue Saint-Honoré (subsistant), puis rue de Ménars (disparu), est évoquée par Vincent Droguet dans cette partie. Dans celui où il est mort, rue d’Artois, il avait déjà vendu ses collections.

 

- L’ampleur et la qualité des collections de La Live de Jully. Yohan Rimaud nous montre que sa collection de peinture, commencée en 1752 sur des bases classiques, subit une inflexion par la suite quand il vend des maîtres anciens pour ne plus acheter que des tableaux d’artistes français contemporains, soit en vente publique soit directement auprès des artistes amis. A l’instar de son père, il commande des tableaux à Natoire. Il obtient même le privilège de pouvoir accéder au fonds d’atelier des artistes décédés, Rigaud, Coypel ou Jean-François de Troy. De ce dernier, il a acheté une paire de grands tableaux, Suzanne et les vieillards et Loth et ses filles. Nous avons eu la chance de pouvoir retrouver le premier et de l’offrir au MNHA Luxembourg.  L’accrochage, réparti sur sept pièces rue de Ménars, s’attache à montrer les filiations du XVIIe au XVIIIe ou à susciter les comparaisons, comme l’autoportrait de Rigaud à côté de celui de Largillière. Il est mis en valeur dans le catalogue qu’il publie en 1764, où il analyse chaque œuvre. Son exemplaire personnel est passé en vente fin mars 2024 ! Puis Xavier Salmon présente sa collection de pastels et dessins, à commencer par les deux portraits au pastel du maître de maison par Greuze et Ducreux. Dans la sculpture du XVIIe, Alexandre Maral a sélectionné quelques morceaux de bravoure : un Nicolas Coustou, un Jacques Sarazin et un Pierre Puget. La moisson XVIIIe telle que présentée par Lionel Arsac est plus conséquente ; tous les grands noms sont là : les Coustou (dont des ricordi des Chevaux de Marly hélas disparus), Nicolas Adam, Edme Bouchardon, J-B II Lemoyne, M-A Slodtz, Ladatte, Saly (dont La Live grava les dessins),Vassé, Pigalle, Falconet, J-J Caffieri, Pajou (qui réalise son buste), encore une fois on retrouve le goût de La Live pour l’art contemporain français. Vincent Bastien nous explique qu’outre sa propre activité de graveur, La Live a collectionné les portraits gravés et autorisé très libéralement la gravure des tableaux de sa collection, au premier rang desquels Greuze, ce qui nous laisse un précieux souvenir de tableaux disparus. 

Coquillier ©Steinitz

 

On en arrive à un autre gros morceau : le mobilier qui sert d’écrin à une partie de la collection, étudié par Alexandre Pradère. C’est un peu une surprise car La Live opte pour des meubles en ébène opulents mais sévères, d’abord de Boulle, puis commandés à Baumhauer et Caffieri. Tout est parti en 1756 du plus coûteux achat de La Live : la bibliothèque de Boulle qui était chez Fagon fils au début du siècle, dont les éléments, cinq armoires encadrées de pilastres, vont couvrir trois panneaux d’une pièce de l’hôtel de la rue de Ménars. D’autres achats de meubles Boulle confirment le goût de La Live pour ce style, dont deux commodes actuellement au Louvre. La deuxième étape est la commande l’année suivante d’un bureau et d’un cartonnier à Baumhauer qui livre ce qui sera sans doute le chef d’œuvre du goût à la grecque cher à Marigny (aujourd’hui à Chantilly, décrit par Mathieu Deldicque). Le même ébéniste fournit encore vers 1760 quatre bas d’armoires vitrés toujours en ébène et bronze doré pour accueillir la collection de coquillages que La Live commence à réunir en 1758. Quand il emménage rue de Ménars en 1762, cet ensemble mobilier est un peu à l’écart de la collection, réparti dans les deux dernières pièces sur jardin : un salon qui accueille la bibliothèque de Boulle surmontée de sculptures, et un cabinet flamand qui accueille les coquilliers, deux tables assorties (voir photo), le bureau et le cartonnier, dans un important décor de Caffieri couvrant les murs et la cheminée dont l’effet devait être spectaculaire. Des tableaux flamands en harmonie avec le mobilier ont été accrochés aux murs. Après avoir traversé les pièces où sont présentées tant de peintures aimables du XVIIIe français, le contraste doit frapper le visiteur ! Enfin, Patricia de Fougerolle nous présente la bibliothèque de La Live, qui fait la part belle aux livres à gravures comme le Dezallier d’Argenville qui a guidé ses achats de coquillages, mais réserve aussi une place à ses amis écrivains au premier rang desquels Voltaire.

De 2019 à 2023

La fondation a souhaité compléter son éventail d’interventions en faveur de l’histoire de l’art par des activités éditoriales. A partir de 2019, elle a soutenu pour une période de cinq ans la prestigieuse revue Versalia, qui publie chaque année des études de haut niveau sur le château de Versailles. Cette revue avait un déficit structurel laissé à la charge des Amis de Versailles qui l’ont fondée en 1998 à l’initiative de leur président, Olivier de Rohan.

Parmi ses principaux contributeurs, on peut citer Christian Baulez, Annick Heitzmann, Frédéric Didier, Jacques Moulin, Jean-Claude Le Guillou, Yves Carlier, Alexandre Maral, Marie-Laure de Rochebrune, Stéphane Castelluccio, Julien Lacaze, Jean-Jacques Gautier, Béatrix Saule, Jean-Christian Petitfils, Jérémie Benoît, Laurent Condamy, Élisabeth Maisonnier et Renaud Serrette.

La forte identité de la revue est aussi due à son graphisme et à sa mise en page, que l’on doit depuis des années à Françoise Bayle. Il y a un numéro par an, qui commence toujours par une revue des acquisitions de l’année précédente ; celle-ci fournit un panorama complet et riche de documentation sur l’activité de la conservation. Ensuite viennent les articles de fond, normalement tous consacrés à Versailles ou en lien étroit avec.

L'ensemble des articles publiés dans les numéros de 1998 (n°1) à 2017 (n°20) de Versalia sont accessibles gratuitement sur la plateforme Persée.

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2023

A l’automne 2023, la fondation a soutenu comme elle s’y était engagée le catalogue de l’exposition du trésor de Notre-Dame au Louvre. Cette exposition a révélé sous un jour nouveau un trésor que l’on avait l’habitude de voir dans la sacristie de la cathédrale. Certes, il ne reste pratiquement rien du trésor accumulé sous l’Ancien Régime, dont les reliquaires ont été envoyés à la fonte, mais l’effort de reconstitution de ce trésor commencé dès l’Empire et amplifié par la suite a donné des résultats spectaculaires. C’est là que l’on mesure le talent des artisans du XIXe siècle, dignes continuateurs de leurs aînés. Présenté dans quelques pièces, cet ensemble éblouissant était parfaitement mis en valeur, et la riche documentation du catalogue donnait toutes les explications nécessaires. La présentation du trésor proprement dit était complétée par des documents ou tableaux provenant de divers musées, dont Carnavalet, la BnF, les Archives nationales et Cluny.

Chrémier en forme de colombe, par Jean-Alexandre Chertier. Argent doré et émail champlevé, 1866.

 

Ce projet a été soutenu par :